Le départ en silence de Maurane

(07 mai 2018)

Des voix susurrent que vous seriez partie tout là-haut d’un départ volontaire.

Vous si rayonnante, à la voix chaude si lumineuse, vous seriez partie silencieusement à la recherche de certains de vos amis pour faire un bœuf comme vous aimiez tant en vivre, passant du classique au gospel en traversant la route de la musique au bras du jazz, rire avec Nougaro, Brel, Michel Berger, France Gall ….

Impuissants devant le pourquoi d’un départ, nous restons sous le charme de votre voix transportant avec elle force, volupté et douceur sur le chemin qui menait droit à notre cœur, charriant à la fois mélancolie et tristesse.

Des textes puissants et inoubliables comme « Si Aujourd’hui », un des plus beaux parmi tant d’autres, vous ont dévoilée plus que vous ne l’avez fait vous-même.

Vous étiez là, vous étiez ailleurs, derrière le voile de vos rires qui nous réjouissaient pourtant.

Vous emportez avec vous ce mystère qui vous habitait et vous enveloppe désormais.

Le manque d’amour et de bonheur est l’évidence du malheur. Même caché, il perce les pleurs du cœur. Ce sont elles qui ont sublimé tout ce que vous nous avez si chaudement apporté.

Bon voyage Maurane !

(Cris B.)

Lettre ouverte à Johnny Hallyday

[Je crois avoir aperçu Dieu]

Ticket for the last show 09 Dec 2017

Cher Monsieur Hallyday, je suis allée voir votre concert, que dis-je, votre spectacle, le dernier show de votre longue carrière avant votre départ pour un repos bien mérité vers Saint Bath, votre île de cœur, dans votre nouvelle demeure baignée de soleil, face à la mer, face à la route « pour regarder passer les gens» comme vous l’avez demandé.

Le thème de votre dernier show était à votre image, grandiose, hors norme. Le sujet de ce thème était surprenant et vos fans et moi avons mis du temps, beaucoup de temps à le comprendre après que vous nous ayez habitués à vos arrivées et vos départs de scène  si originaux, si artistiques avec ce poing refermé s’avançant au-dessus de la foule, ces lunettes laser balayant des centaines de milliers de fans venus vous voir, cette scène s’ouvrant sous vos pieds nous privant de vous en direct, Dracula et son entrée saisissante et même l’arrivée sur le Stade de France en hélicoptère. Nous nous demandions ce qu’allait bien pouvoir être ce dernier spectacle annoncé comme l’inoubliable show, your last show.

Ce fut le spectacle à la hauteur de votre démesure incomparable et incomparé. Quelle idée de génie que ce cortège ! On se demandait sur quelle scène, dans quel Stade ou Parc vous alliez l’organiser car le secret a été bien gardé jusqu’à la fin. Aucun des lieux où vous avez performé jusqu’à ce jour n’était assez grand pour vous cette fois-ci, pas même le Champ de Mars. Vous nous avez offert un spectacle à ciel ouvert sur la plus grande scène du pays, une scène géante, la Capitale, votre Capitale, notre Capitale, dans votre pays, notre pays. Vous souhaitiez en effet une place pour chacun de vos spectateurs et ils étaient nombreux, un million ou plus. Seule Paris pouvait les recevoir tous sans limite, pas de strapontins, que des fans debout tout contre vous. Votre dernier show était gratuit. Vous nous l’avez offert à nous, à nous tous.

Vous avez planté le décor : Paris, un grand ciel bleu et lumineux, départ du Mont Valérien, arrivée silencieuse Porte Dauphine puis départ de l’Arc de Triomphe, descente des Champs-Elysées jusqu’à la Concorde et ligne droite vers l’église de la Madeleine par la voie Royale. Ce nouveau show était un show en mouvement, une idée originale qui l’a rendu différent de tous vos concerts précédents. La projection sur scène nous a fait entrer dans votre décor, nous avons quitté nos fauteuils et avons été précipités dans cette réalité irréelle. Un immense concept artistique auquel vous avez ajouté des effets spéciaux uniques. Vous avez choisi le thème du passage de la vie à la mort, la route qui part d’ici vers l’au-delà. A voir arriver sur scène un long cortège en chenille, avec un corbillard gris entièrement vitré nous laissant découvrir un cercueil blanc immaculé m’a impressionnée je vous l’avoue. Qu’auriez-vous pu trouver comme nouveau thème pour ce nouveau Show après tous ceux que vous nous avez fait le plaisir de partager pendant tant d’années ! Ce corbillard entouré d’un cortège de motards en forme d’étoile carrée nous a conquis par sa beauté dans son effet scénique des plus élégants. C’était sans vous connaître d’imaginer que vous alliez vous contenter de ce décor. C’est alors que d’autres tableaux sont venus assurer le show sur l’écran de cette scène géante. C’est alors que nous avons pris conscience de votre puissance créative mise à la disposition de votre art lorsque nous avons vu cette horde de bikers, 1000 bikers et plus, chevauchant collés-serrés derrière l’étoile silencieuse et nous avons alors compris que vous vous étiez représenté dans ce cercueil blanc, qu’il était Vous, que c’était Vous. Vous arriviez droit sur nous avec votre armée vrombissante vous poussant et vous protégeant à la fois. J’ai eu un flash de l’arrivée d’extra-terrestres débarquant sur terre avec leur soucoupe volante dans la Rencontre du 3ème type. On ne voyait que les phares des motos de la police nationale dans un nuage moiré à la fois trouble et flouté au kérosène qui les rendait indiscernables de précision pour mieux créer l’effet étrange nous laissant médusés.

Et la musique descendit de ce ciel si clair, Votre musique, comme pour couvrir le silence thématique mortifère et mortuaire. Le show était à son paroxysme, le thème, le décor, les tableaux, les effets spéciaux et cette musique emportant tout sur son passage. Vous arriviez porté par elle, comme marchant au-dessus du sol, tel un ange aux multiples puissances, aux multiples pouvoirs qui commence à prendre son envol et qui s’avance sur le tarmac, faisant quelques arrêts, le regard bleu électrique scrutant cette foule en liesse dans un partage et une communion mêlant respect, dignité, stupéfaction et fracas sonore. Nous avions la fièvre. Nous voulions toucher ces Harley vrombissantes, hurlantes, presque menaçantes. Je voulais toucher ces corps recouverts de tatouages à votre effigie et celle de votre vie pour faire passer cette force de courage et de liberté dans mes veines, pour devenir eux et rejoindre votre armée. Une avancée Christique, telle était l’idée principale de ce show dont les effets entraient en nous lentement, profondément, pour nous marquer à jamais.

Vous avez su, comme à votre habitude, allier le feu de la fureur de vivre aux douces sonorités de jolies ballades que nous écoutions, privés de votre voix, sur ces derniers mètres où vous êtes arrivé dans une douceur infinie, à pas feutrés, jusqu’au perron de cette église où nous pensions aller chanter vos louanges et pleurer en silence, nos yeux bouffis cachés derrière d’épaisses lunettes noires et nos pleurs étouffés dans nos mains, nos mouchoirs et nos manteaux. Dans un silence céleste, vous étiez là, immobile, tout de blanc vêtu scrutant la foule immense comme suspendue à votre regard, à votre présence. Pendant une seconde on aurait pu croire que vous alliez enfin sortir de cette boîte blanche, que nous allions vous voir en lévitation, dans une ombre transparente et translucide à la fois, bougeant lentement sur place, tel un voile prêt au départ pour aller toucher ce ciel si bleu, attendant le signal de la tour de contrôle. Il n’en fut rien. Le Show continua et le tableau changea. Nous sommes passés d’un décor extérieur à un décor intérieur baigné d’une lumière tamisée. Et tel un magicien vous avez transformé une église en cathédrale, Votre cathédrale, si grande, si vaste, si haute que nous avons pu tous entrer pour continuer le show. Vous étiez là, votre présence était au paroxysme de sa puissance  et nous transportait, vous étiez lumineux à travers votre absence.

Ce qui suivit fut comme une transcendance émotionnelle, de celle qui range certains humains dans la catégorie des Êtres extra-ordinaires. La fin du Show démarra alors dans toute sa force orgasmique dont vous seul avez le secret et vous nous avez embarqués avec vous, dans Votre âme, dans l’âme de votre musique. Nashville, Tennessee et toute la Nouvelle Orléans étaient là comme pour une soirée autour du feu avec ces guitares sèches qui caractérisent si bien ce blues et ce rock que vous aimiez tant. Elles avaient la couleur ambrée de cette Amérique dont vous nous avez fait découvrir tant de choses, cet art de vivre que vous seul déteniez sans être américain, ce qui a été le plus grand de tous vos charmes. Vous avez pris possession et avez embrasé la maison de votre Dieu une dernière fois avant de monter le saluer. Il vous a laissé les clés de sa maison sur terre pour quelques heures et c’est là, précisément que vous avez livré votre dernier Show, le plus beau, le plus intense, le plus illuminé, le plus joyeux, le plus chaleureux. Votre musique a envahi cet espace comme pour nous dire que vous partiez heureux à nous voir heureux, tapant des mains sous ces airs que nous avons tant écoutés et qui passaient dans nos veines. Votre façon bien à vous sûrement de distribuer l’hostie. Vous avez enfourché votre Harley et nous vous avons suivi au son de la musique, cheveux au vent. C’est alors que vous nous quittiez, nous les vivants, vous deveniez moitié ange, moitié rebelle dans cette métamorphose métaphysique. Un dernier voyage en Amérique, votre Amérique que nous avons adoptée avec vous, grâce à vous et à travers vous, la Route 66, la traversée de tant d’états partant de l’Alabama jusque dans le Wyoming, direction le Colorado, la Géorgie, le Kansas, le Massachussetts, le Montana, le Nevada, le Mississippi, le Texas, Road Island… sans oublier le Tennessee, les chutes du Niagara, le California Dream, l‘Ouest Américain, les canyons et les rocheuses sauvages, tous vos road-trips en quête de grands espaces.  James Dean était du voyage.

Vous nous avez téléportés de votre cathédrale dans votre monde intérieur, vos folies, votre envie puissante de vivre. Les murs sont tombés en silence, la voûte s’est ouverte, nous nous sommes sentis comme soulevés par une furieuse envie de liberté chevillée au corps et au cœur.

Votre musique dans ce lieu devenu célestement inoubliable auquel vous veniez de donner un nouveau baptême résonnait, comme déjà nous parvenant d’ailleurs, d’un ailleurs d’où vous nous envoyiez ce vent chaud mêlé de surpuissance et de fragilité à la fois. Vous nous quittiez dans une force de vie en musique jamais égalée, vous montiez doucement sous nos yeux vous présenter à votre Dieu car il était l’heure, nous vous avons accompagné et nous vous avons vu arriver au ciel en musique sans jamais cesser de porter ce regard si tendre, si doux sur nous. Aucun mot, pas de mot, juste votre regard si bleu et votre musique sans votre voix qui en disaient long sur votre message. Une sortie de scène assourdissante à en faire trembler la terre, pour une lente montée au ciel, prenant votre temps, pour être sûr de nous avoir tout donné jusqu’au dernier instant, tout de vous dans ce dernier Show.

Je ne connais pas votre Dieu mais à vous regarder monter et traverser la voûte céleste, à ressentir ce que vous laissiez à jamais en nous derrière vous, j’ai soudain eu un doute. Et si Dieu existait ! Vous semblez l’avoir effleuré sous nos yeux ébahis.

(Cris B.)

Dernière promenade d’un élégant

Hommage à Jean d’Ormesson – 06 Dec 2017

5 ans déjà – Rediffusion

Élégance aristocratique, pétillance et éclat du regard, séduction intellectuelle, curiosité aux multiples facettes, humour…, l’Homme qui n’était construit que de Bien car la Vie avait oublié de le remplir de Mal s’en est allé. Le maître des mots simples, fluides et limpides, le contemplatif, continue sa balade tranquille. Promenades nonchalantes dans la Galerie des anciens de Homère à Rousseau, en passant par Gide, Montherlant, Claudel, Voltaire, Aragon, Flaubert, Chateaubriand et tant de ses amis fréquentés dans le silence des regards et des lectures en toute discrétion. Il cultivait dans son jardin optimisme, rire et sagesse discrète.

Nous attendrons toujours vos billets, vos articles, vos verbatim. Nous chercherons toujours à vous interviewer pour le seul plaisir d’être séduits par votre regard d’un bleu perçant. Vous êtes l’inventeur du Bonheur ! Vous partez dans un dernier sourire, d’un dernier regard bleu azur comme pour nous dire « je ne vous abandonne pas, je vais juste regarder ce qu’il se cache par là-bas et je reviens vous en parler ». Avec la beauté de vos mots, vous avez insufflé la légèreté sereine pour combattre les maux, les vôtres, les nôtres, les maux de la Vie, les maux du Monde. Le temps, l’espace, l’univers, la face cachée de la terre n’ont aucune limite pour vous. Vos chemins de promenade depuis l’Antiquité, à travers le 17ème, 18ème, 19ème siècle et jusqu’aux temps modernes et contemporains se sont déroulé sans fin au fil des jours et des années. Vous passez d’une grande facilité de l’immortalité à l’heure de l’instant et à l’âge des selfies. Contemplatif profond de la nature et sa beauté, souvent immobile, jamais excité, vous regardiez et vous vous remplissiez les yeux autant que le cœur des beautés de notre Terre. Une leçon pour nous dire « Prenons le temps de vivre et nous remplir des choses simples, des beaux paysages, prenons le temps d’écouter le silence ».

Vous avez pris le Bateau des Arts pour votre nouveau voyage et nous savons qu’il n’est pas le dernier. Il est chargé de tant de mots pour seuls bagages. Pudique, Vous l’amoureux des mots, vous les avez si bien rassemblés autour de vous, vous les avez adoptés, unanimisés, humanisés, mystifiés, sublimés… Vos mots ont été un baume apaisant sur les maux de notre époque. Sachons vous lire et les entendre résonner encore longtemps. Panache, style, solaire, amoureux des bains de mer, noblesse d’esprit et de cœur, un fidèle par-dessus tout… vous rassemblez à vous seul l’essence du Bien et du Beau de l’Être Humain.

A nous de vous dire « Au Revoir et Merci » Monsieur J’en d’O. Vous avez dit appeler le facteur si d’aventure un jour, vous vouliez transmettre un message, alors nous allons regarder notre boîte aux lettres. Avec vous l’Humanisme se meurt. Puissiez-vous avoir laissé un héritier digne de vous dont l’humanité a tant besoin. Dernier rempart avant le laisser-aller à la déchéance, la barbarie et à la médiocrité, nous pouvons avoir peur de votre départ. Vous, l’un de ces êtres au charme impalpable mais tellement palpable à la fois que votre charisme nous aimante et aimantera notre esprit longtemps et pour toujours.

(Cris B.)

Hommage à Johnny Hallyday

05 Dec 2017
[Départ Christique d’un gladiateur de l’Amour mi-ange mi-rebelle]

Celui qui est arrivé un beau matin dans un ouragan musical rugissant vient d’éteindre les lumières de l’arène et a coupé le son des amplis. Lui qui a fait respirer la France dès les années 60 a cherché un dernier souffle qui lui a manqué pour rester encore auprès de nous. Un gladiateur qui a vécu à cœur ouvert sans avoir jamais peur de mourir d’aimer. Notre bastion, notre phare, notre forteresse, toujours présent, doux, fort et puissant à la fois, nous a emportés avec lui sur la route de sa liberté ouverte par James Dean comme pour nous montrer qu’il faut vivre avec la fureur du cœur. Notre gladiateur nous a dévoilé ses blessures, ses déchirures, ces coups de fouet cinglants de la vie qui ont marqué sa peau autant que son esprit. Souvent à terre, jamais vaincu.

Nous avons pleuré Elvis Presley, Michael Jackson mais lui portait cette différence comme un tatouage indélébile sur le corps, lui était à nous. Il était à la France. Le monde l’a découvert et l’a aimé. Nous l’avons prêté aux pays étrangers dans des concerts et des shows de qualité sans avoir peur qu’il ne s’y perde car nous savions qu’il nous appartenait car nous lui appartenions. Nous étions lui et il était nous.

La France vacille sous la résonnance de cette énorme déflagration qui s’abat sur nous. Mais le gladiateur a pris le temps de plus de cinq décennies pour nous marquer au fer rouge de son empreinte en prenant soin d’allumer le feu dans tous les lieux mythiques du pays, Bercy, Stade France, Parc des Princes, le Zenith, l’Olympia et le plus grand d’entre tous, la Tour Eiffel. Il est parti mais il est là. Nous continuerons de trouver et découvrir la marche de sa vie dans ces archives d’événements grandioses à la démesure n’ayant d’égale que sa grandeur de cœur tendre et pudique qui était sa signature humaine. Son œuvre musicale est une œuvre de vie qui nous est confiée avec un fil conducteur au sillon profondément creusé que celui de l’amour.

Dans son départ il nous offre ce tatouage sur le parchemin de sa vie terrestre et nous marque à tout jamais. La dame en noire n’emporte avec elle que des habits de scène. Il a pris grand soin de nous léguer sa vie toute entière, ses forces et ses faiblesses, ses joies et ses peines, ses plaies ouvertes, ses tendres regards, ses combats, tous ses combats, tant de combats livrés sous nos yeux à ciel ouvert, toujours gagnés. Notre gladiateur blond aux yeux si clairs et à la voix unique a troqué ses habits de lumière. Plus qu’une idole, plus qu’une star il a réussi son ultime combat. Nous voulions des légendes, aujourd’hui et à jamais il est notre légende nationale.(Cris B.)

(Cris B.)

Les mots bleus

(écrit en 2017)

Le premier mot de la vie, le dernier mot avant la mort. Tant de mots parlés, jetés, criés, délaissés et silencieux. Les mots d’amour, ceux que l’on ose à peine prononcer, les mots de la colère que l’on crache comme une souffrance que l’on expulse de notre corps pour qu’elle n’y germe pas, n’y pourrisse pas. Les mots de tendresse qui se lisent dans mes yeux quand je te regarde, les mots protecteurs pour l’enfant qui s’endort dans mes bras. Ceux que l’on garde sans jamais les rendre bruyants, ceux que l’on dévoile pudiquement dans l’écriture… Les mots menteurs, les mots infidèles. Les mots qui nous lient et nous relient, qui nous permettent de nous retrouver sur la plage des mêmes sentiments. Les mots douleur, les mots cruels qui ne s’effacent pas de notre mémoire.

Les mots qui montent en toi et que j’entends du fond de la nuit, les mots qui seront ceux que je garderai à jamais. Les mots dans les rires, ceux qui dansent et chantent, les mots doux et enivrants que l’on goûte et que l’on boit jusqu’à la lie…. Que serait le monde sans les mots, tous les mots, le premier que l’on prononce comme une victoire et le dernier qui s’en va dans un souffle et qu’on lègue en preuve d’amour. Les mots sur un post-it, les mots gravés sur une pierre, un arbre. Un mot, un seul mot et voilà notre vie qui change de route. Les mots calmes, les mots précipités déversés en vrac dans la frénésie de nos sentiments. Les mots de joie, d’intense bonheur. Les mots qui s’éteignent dans notre gorge comme la lampe qui cesse d’éclairer nos rêves.

Une multitude de mots souvent empruntés et si mal utilisés. Les mots qui nous chavirent, ceux de cette carte postale que je mets sur mon cœur pour mieux les entendre et te sentir à la minute où tu les as écrits là-bas si loin sous les Tropiques et à la fois si proche de moi. Les mots courage pour avouer un amour trouvé par hasard que l’on attendait pas mais que l’on désirait tant. Les mots qui rassurent notre âme en perdition.

De tous ces mots, une seule espèce traversera les temps, les continents, les cultures, les mers et les océans, sous toutes les latitudes et tous les climats. Une seule espèce atteindra toujours les cœurs, ouvrira toujours la porte de l’imaginaire et des rêves infinis. Une seule espèce accompagnera notre sommeil à travers la vie. Une seule espèce sera habilitée à partir dans l’au-delà en laissant derrière elle une trace doucement parfumée de notre passage ici-bas. Une seule espèce détient le pouvoir de voir un sourire éclairer le visage de cet enfant qui souffre, de cette âme en peine qui erre et cherche son amour perdu.

Une seule espèce, la seule espèce parmi tous ces mots qui détient ce pouvoir magique de mettre de la couleur dans la vie. Les mots bleus !

(Cris Broutin)

Mon ami l’été

Toi mon ami l’été, dis quand reviendras-tu
Dis, au moins le sais-tu
Sais-tu que tout ce temps perdu…..

Reviens fleurir mon jardin, embaumer ma maison de ces odeurs sucrées et épicées.
Reviens ouvrir grand les fenêtres, entre encore au rythme d’une farandole avec la lune qui nous rejoindra le soir et au dessus de mon toit fera sa folle.
Ramène ces enfants qui rempliront ma maison de leurs rires.
Reviens séduire la mer pour qu’elle entre en pâmoison et en devienne turquoise de désir.
Reviens avec ton ami le soleil qui chaque année ambre mon corps tout entier, transforme mon regard bleu et mon sourire béat, me donnant une beauté éphémère qui m’aidera à exister.

Je suis seule sans toi, j’ai froid sans toi, mes pensées sont grises, mes nuits sont blanches et douloureuses, mes doigts sur mon clavier sont gelés, mon sourire s’est figé, ma respiration vit au ralenti, mon cœur s’est rétréci, comme endormi.
Je pense à toi, à cette enfant dont j’attends le retour en silence qui revient toujours m’éclabousser le cœur de tous ses éclats de joie que je regarde courir au bord de l’eau s’agitant à en perdre la raison  à la recherche de précieux coquillages comme un trésor qu’elle brandira en hurlant, croquant la vie à pleines dents de la hauteur de son si jeune âge, découvrant tout et s’enivrant de tout.

Toi mon ami l’été si tu ne reviens pas très vite à mes côtés, jusqu’au bout du monde, par delà l’horizon j’irai te chercher pour que plus jamais sans toi je ne me sente exilée.

(Cris Broutin)