Le Printemps

La saison de la légèreté à laquelle la Nature a donné ce ci beau nom de Printemps.. Cette ère nouvelle du cycle de la vie qui revient chaque année avec son lot de sourires, de joies, de bonne humeur. Les robes des jeunes filles se font plus légères, chargées de fleurs qui se fondent avec leur parfum délicieusement fruité.  Les garçons troquent leurs chemises de coton à l’air lugubre pour celles en lin, larges et vaporeuses, aux couleurs acidulées ou pastel et ouvrant sur un cou légèrement hâlé comme une promesse. Les champs se couvrent de jaune au retour des jonquilles. Nous laissons nos manteaux d’hiver qui portaient toutes nos angoisses, notre fatigue, notre air blafard, notre regard triste, nos espoirs déçus, nos colères, nos rêves inassouvis que nous jetons par-dessus bord pour courir vers un regard qui brille, avec une tête dans les étoiles, un après-midi allongés dans un champ de blé à suivre dans le ciel la trace blanche d’un avion qui nous emmène loin, très loin sur les plages d’où on entend presque la musique. Voici venu le temps de l’éveil, le temps de la renaissance et de toutes les re-découvertes. Nous sentons la tiédeur de l’air pour la première fois, nous dégustons toutes les odeurs qu’il transporte avec lui comme un cadeau. Nos yeux se portent sur les fleurs qui se colorent pour faire des talus et des buissons de douceur. Nous oublions tous nos malheurs, tous nos chagrins, toute notre solitude. Nos rêves se remettent en ordre de marche. Nous posons nos pieds nus sur la plage et nous nous allongeons sur un sable déshabillé de l’humidité automnale qui épouse notre corps et nous offre une couche délicate pour entrer en confiance dans un sommeil réparateur avec le tendre balancement de l’air qui caresse notre visage. Notre corps s’évade de ses tensions automnales et hivernales, notre peau se remet à flirter avec le soleil, nos pieds respirent, nos narines captent et emmagasinent les effluves qui nous enveloppent.
Les yeux fermés, je laisse entrer en moi cet air de délivrance qui casse et arrache mes chaînes, je l’entends me dire que je suis belle, que je suis bien, que j’ai le droit de respirer à nouveau. J’aperçois le ponton qui se dresse fièrement au dessus de la mer qui brille, la petite barque au bout, attachée d’une corde fragile semble m’attendre. Je la libère elle aussi, m’y assois avec précaution. Nous faisons connaissance. La pagaie m’attend au fond posée à plat. Devant moi la liberté s’ouvre à mes yeux et tous mes sens, accompagnée de la beauté. Merci Monsieur le Printemps pour cette nouvelle naissance qui me mènera jusqu’à l’été avec votre respectueuse et légendaire tendresse.

(Cris B.)

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