LE passage

Le passage de…vers, d’ici à … là-bas, d’en bas vers … là-haut ! Le passage, un immuable mouvement du corps en tête de marche, de l’esprit qui le suit pas à pas et de l’âme, qui continuera seule le chemin de l’Ailleurs.
Nous traversons la vie en empruntant tant de passages, des passages secrets, difficiles, escarpés voire défendus. Parfois même nous trouvons des passages qui nous amènent au calme, à l’apaisement. Nous subissons le passage du temps, nous regardons souvent la vie passer, assis là sans pouvoir en changer la courbe de sa route qui est la nôtre, nous pleurons nos amours passés, disparus, engloutis, ensevelis, notre beauté passée, fanée devenue papier mâché. Nos rêves, nos certitudes, nos évidences passent eux aussi sans nous avoir jamais rempli le cœur jusqu’au trop-plein, laissant toujours du vide qui souffle tel le mistral glacial. Nous sommes attendris de voir nos enfants passer de l’enfance à l’âge adulte avec tant d’insouciance… Nous passons, nous marchons, nous reculons, nous avançons, nous revenons sur nos pas, nous résistons pour passer d’un état à un autre. Nos pensées, notre cœur, notre esprit nous guident dans ce labyrinthe de passages inconnus.

Mais un seul nous obsède, LE Passage. Celui qu’on nomme rarement « la route vers la mort » car on lui préfère ce terme plus attendrissant de « passage », comme pour nous convaincre que rien ne s’arrêtera, que tout continuera mais où, mais comment, nous ne le savons pas.
Nous regardons passer ceux que nous aimons, comme s’éloignant lentement vers une brume enveloppante doucettement lactée qui les attend, se tournant vers nous d’un dernier regard comme pour nous dire « je te raconterai », mais nous savons qu’ils ne le pourront pas car le secret est bien gardé. Nous les attendrons longtemps sans jamais voir leur retour pour écouter et nous délecter de l’histoire incroyable de leur passage qu’ils nous livreront sans relâche et sans fatigue, assis au pied d’un olivier, nous laissant béats par leur récit. Alors nous fabriquons l’histoire à leur place, nous imaginons, nous sublimons, nous embellissons ce passage et surtout nous nous préparons à passer nous-mêmes.

Nous chargeons nos bagages de beaux souvenirs, nous serrons très fort le cordon de nos amitiés, nous enfilons le manteau d’amour et de tendresse offert par nos enfants et petits-enfants pour n’avoir ni froid, ni mal, nous ouvrons les fenêtres de notre esprit, y laissons entrer la fraîcheur de l’air qui fait du bien et ralentit les pulsations de notre cœur inquiet et anxieux, nous montons le son de jolies musiques tant écoutées que nous voulons emporter, de belles photos, des bouts de films de vie… Nous allons passer à l’appel de la lumière qui sera notre signal pour laisser d’autres traces là-bas, au nom de ceux que nous laissons ici, pour leur faire honneur. Notre passage sera pour eux. Ils retrouveront à leur tour les traces de notre passage secret vers l’Ailleurs jamais divulgué pour mieux les accueillir comme une surprise.

Comme eux en leur temps, nous marcherons lentement, très lentement et d’un pas-sage !

(Cris Broutin)

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