Hommage à Christophe (13 oct 1945-16 avril 2020)
Le dernier Dandy décalé nous quitte à pas feutrés, dans l’obscurité de ses nuits blanches qu’il aimait étirer jusqu’au lever du jour sur les ondes flottantes des minutes égrenées qu’il est seul à savoir retenir ici ou là-bas.
Il s’enfonce à pas lents dans la profondeur des fonds musicaux, se demandant si il va ou pas arrêter le temps, pouvoir magique dont il est le détenteur pour finalement décider de le traverser. Lui qui cherche sans relâche le son ultime s’est dit que peut-être, va-t-il enfin arriver au bout de ce temps qu’il sait transformer en éternité au paroxysme de son art.
Tel un Prince des mille et une nuits qui s’envole sur son tapis volant recouvert de sons remontant des entrailles de son fidèle synthétiseur, il emporte avec lui dans un écho de fumée vaporeuse, les mots, tous les mots à la source desquels il a bu et qui ont épanché notre soif jamais rassasiée.
Tel un chimiste dormant au milieu de ses éprouvettes il a créé au détour de ses heures remplies d’une charmante nostalgie mélancolique les pigments dont il continuera à colorier les mots telles des gouttes gorgées du bleu des fonds marins.
Dans son cockpit, maître de ses machines, grisé par la vitesse, il passe le mur du son et entre en résonnance avec l’univers, accompagné d’une horde de mots, de couleurs et de sons. Par nuit noire on peut presque distinguer son attelage brillant au milieu des étoiles, on peut y voir un film sur l’écran de la voûte céleste dont le scénario est l’enfant de notre imaginaire.
D’instants fragiles en paradis perdus, il retient au creux de son âme les cris et les pleurs, tantôt étouffés tantôt explosant en une envolée lyrique. Avec lui la plage bordant l’immensité de ces lieux inconnus devient notre refuge et nous passons tour à tour de l’ombre à l’obscurité en route vers les cieux. Ses sonorités le précèdent et le suivent, enveloppés d’une lumière doucement diffusée comme pour ne pas déranger, comme pour durer, durer et durer encore. Ses fidèles compagnons, tous baladins du temps nous offrent alors une œuvre psychédélique, l’adrénaline qui entre dans nos veines.
(Cris B.)