Les quatre chemins

J’ai perdu si souvent mon chemin et me suis perdue tout autant. On me disait « suis ton chemin », mais quel était donc « mon » chemin?
Nous imposons à nos enfants de prendre un chemin, certains même voudraient croire à cette hérésie qu’il existe un chemin tout tracé pour eux. Notre seul et unique droit et devoir est de leur montrer le premier chemin en espérant qu’ils feront bonne route. Et puis un jour, on se retrouve à la croisée des chemins, écartelés entre éducation et désir, force et faiblesse, colère et pardon, détermination et épuisement, acceptation et rébellion, ignorance et curiosité, sagesse et folie. On découvre alors que le chemin est long et difficile, qu’il existe tant de chemins qui se dévoilent et défilent sous nos pas. Nous prenons un chemin, puis un autre qui nous semble facile mais qui s’avèrera décevant car dépourvu de sens. Souvent nous rebroussons chemin pour revenir en arrière sans retrouver les traces de notre passage.

Nous grandissons, nous avançons et nous trouvons sur le chemin plaisirs et joie de vivre, insouciance et voluptés. Nous perdons hélas des amis en chemin sans trop savoir pourquoi. Quand nous croyons être sur le bon chemin, notre vie se dérègle soudain et nous force à en prendre de nouveaux, des chemins inconnus et étrangers à nos émotions, qui nous font peur. Au fil du temps, après des chemins escarpés parcourus sans jamais atteindre l’oasis tant rêvée nous devenons fragiles et nous prenons le chemin du repli, celui où l’on peut s’arrêter sur le bord de la route, le temps de reprendre notre souffle, retrouver des forces, nous lever et continuer à marcher dans cet enchevêtrement de directions.

Nous laissons des amours en chemin ou serait-ce eux qui nous laissent? Leur disparition charge le sac de nos souvenirs qui demain nous aideront à avancer ou que nous poserons à terre pour nous alléger de leur poids. Nous devenons plus faibles ou plus forts, plus indécis ou plus clairvoyants, plus confiants ou plus vigilants, plus sceptiques ou plus convaincus. Nous continuons d’avancer, nous vivons et respirons sous toutes les latitudes, toutes les saisons, passant si vite de l’automne au printemps en suivant le chemin de notre cœur et brutalement de l’été à l’hiver en entendant sa souffrance qui résonne en nous et nous déchire.

Nous cherchons le chemin qui nous ressemble, celui fait pour nous, nous cherchons l’Autre, cet Autre que nous verrons apparaître un soir de brouillard, dont nous verrons l’ombre lointaine à peine discernable, comme immobile, nous attendant. Puis l’ombre se mettra en mouvement venant à notre rencontre.

Aucun chemin n’est une route qui ne mène nulle part. Aucune direction prise n’est le fruit du hasard.

« Mais c’est quoi le chemin?» me demande l’enfant.
« C’est la longue marche qui mène à ton bonheur » lui répondis-je
« Mais il est où ce chemin? » me rétorque l’enfant.
« N’aie crainte et fais-moi confiance quand je te dis que lorsque tu l’auras trouvé, tu sauras que tu es sur le bon chemin ».

L’enfant emprunta alors son premier chemin et l’adulte que je suis continua le sien et se demanda ce jour-là « encore combien de chemins me reste-t-il à parcourir ?» Un seul peut-être. Qui peut savoir !

(Cris Broutin)

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