(avec tout mon amour pour l’île de La Reunion)
Elle partit dans une longue promenade prenant soin d’écraser ses pas sur le sable à gros grains pour retrouver son chemin, si jamais elle se décidait à revenir demain.
Ses pas se faisaient plus lourds, transportant sous ses pieds ses souvenirs, tant de souvenirs qu’elle voulait garder, avec lesquels elle aimait partir, marcher et rêver.
Elle prit le chemin du lagon, celui-là même dont on ne voit jamais la fin tant il est long. Le soleil du matin monta au zenith, brûlant sa peau. Elle avançait, elle rêvait. Elle regardait danser ses pensées sur la mer. S’arrêtant parfois, regardant un caillou blanc, un coquillage rosé. Elle respirait la brise et sentait le poids du temps et des sentiments peser sous ses pieds.
Les vagues arrivaient plus près, encore plus près, effaçant ses pas à son insu. Elle marcha longtemps, dépassa les filaos et leur ombrage de douceur, les dernières habitations d’où sortaient au loin musique joyeuse et rires d’enfants. Elle accompagnait le lagon et il l’accompagnait, chacun dans le silence de l’autre. Ensemble, ils se promenaient tranquillement. On pouvait presque apercevoir au loin la femme et le lagon, comme un couple d’amoureux, main dans la main dans une balade nonchalante, au rythme de cette île qu’elle aimait par-dessus tout et qui l’aidait à respirer la vie.
Elle marcha tout le jour, salua le dernier paddle qui rentrait avec sa compagne la nuit, dit au revoir au soleil lorsqu’il partit se coucher, lui offrant en cadeau d’amitié un lit de couleurs chatoyantes de l’oranger au rosé rougissant pour disparaître lentement dans un « bonne nuit, à demain » empli de tendresse. Elle aimait regarder les couchers du soleil, si différents chaque jour. Elle marcha encore, ne voyant plus le lagon mais elle l’entendait à ses côtés. Elle savait qu’il était là. Elle captait au loin le bruit des vagues se cassant sur la barrière de corail.
Soudain fatiguée, elle fit demi-tour et décida de rentrer en revenant sur ses pas, mais hélas les vagues les avaient effacés. Tout devint si simple alors. Elle s’assit sur le sable qui avait conservé la chaleur du jour et se mit à chanter. Elle chanta jusqu’au-delà de la nuit, jusqu’à l’aube, réveillant les petits oiseaux surpris d’une présence si matinale, si loin.
Elle avait beaucoup marché, beaucoup rêvé et beaucoup respiré la vie grâce au lagon. Elle se dit que perdre ses pas n’était pas si grave, qu’elle était bien là, sur ce sable chaud, et décida qu’elle allait attendre ici au bord du lagon son enfant au yeux de braise et cette enfant au regard mauve qui viendront pour les vacances. Elle leur présentera son ami drapé de turquoise scintillante, les regardera dormir sous les filaos, les entendra rire sous le soleil et jusqu’à la nuit, elle les emmènera voir les poissons aux multiples couleurs et les dauphins aussi qui viendront tourner, sauter autour du bateau et jouer.
Elle se mit à penser à cet écrivain qui lui plaisait tant et qui a écrit un jour : « Tout le bonheur du monde est dans l’inattendu» (Jean d’Ormesson) .
(Cris B.)