Les mots bleus

(écrit en 2017)

Le premier mot de la vie, le dernier mot avant la mort. Tant de mots parlés, jetés, criés, délaissés et silencieux. Les mots d’amour, ceux que l’on ose à peine prononcer, les mots de la colère que l’on crache comme une souffrance que l’on expulse de notre corps pour qu’elle n’y germe pas, n’y pourrisse pas. Les mots de tendresse qui se lisent dans mes yeux quand je te regarde, les mots protecteurs pour l’enfant qui s’endort dans mes bras. Ceux que l’on garde sans jamais les rendre bruyants, ceux que l’on dévoile pudiquement dans l’écriture… Les mots menteurs, les mots infidèles. Les mots qui nous lient et nous relient, qui nous permettent de nous retrouver sur la plage des mêmes sentiments. Les mots douleur, les mots cruels qui ne s’effacent pas de notre mémoire.

Les mots qui montent en toi et que j’entends du fond de la nuit, les mots qui seront ceux que je garderai à jamais. Les mots dans les rires, ceux qui dansent et chantent, les mots doux et enivrants que l’on goûte et que l’on boit jusqu’à la lie…. Que serait le monde sans les mots, tous les mots, le premier que l’on prononce comme une victoire et le dernier qui s’en va dans un souffle et qu’on lègue en preuve d’amour. Les mots sur un post-it, les mots gravés sur une pierre, un arbre. Un mot, un seul mot et voilà notre vie qui change de route. Les mots calmes, les mots précipités déversés en vrac dans la frénésie de nos sentiments. Les mots de joie, d’intense bonheur. Les mots qui s’éteignent dans notre gorge comme la lampe qui cesse d’éclairer nos rêves.

Une multitude de mots souvent empruntés et si mal utilisés. Les mots qui nous chavirent, ceux de cette carte postale que je mets sur mon cœur pour mieux les entendre et te sentir à la minute où tu les as écrits là-bas si loin sous les Tropiques et à la fois si proche de moi. Les mots courage pour avouer un amour trouvé par hasard que l’on attendait pas mais que l’on désirait tant. Les mots qui rassurent notre âme en perdition.

De tous ces mots, une seule espèce traversera les temps, les continents, les cultures, les mers et les océans, sous toutes les latitudes et tous les climats. Une seule espèce atteindra toujours les cœurs, ouvrira toujours la porte de l’imaginaire et des rêves infinis. Une seule espèce accompagnera notre sommeil à travers la vie. Une seule espèce sera habilitée à partir dans l’au-delà en laissant derrière elle une trace doucement parfumée de notre passage ici-bas. Une seule espèce détient le pouvoir de voir un sourire éclairer le visage de cet enfant qui souffre, de cette âme en peine qui erre et cherche son amour perdu.

Une seule espèce, la seule espèce parmi tous ces mots qui détient ce pouvoir magique de mettre de la couleur dans la vie. Les mots bleus !

(Cris Broutin)

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