J’aime septembre

J’aime Septembre, lorsque les touristes s’en sont allés en laissant derrière eux les marques douloureuses de leur invasion à grand fracas de rires et de hurlements, de stress, d’agressivité, de précipitation que même la mer ne parvient pas à réduire avec la prétention de faire disparaître ces comportements étranges comme par magie en si peu de temps, ce temps qu’ils appellent leurs vacances. Ils laissent de leur passage, nos forêts, nos sous-bois, nos calanques et nos chemins de randonnées souillés de détritus qui ont en l’espace de quelques minutes rempli leurs estomacs de pique-niqueux d’un jour, pressés et irrespectueux. Ils n’ont comme souvenir de la nature du sud et sa beauté que quelques photos à la japonaise, clic-clac, clic-clac, clic-clac.

Moi, j’aime Septembre, lorsque l’été s’assagit, devient doux et que son acolyte le soleil est toujours aussi joyeux mais désormais tranquille. Ils font tout deux amende honorable, admettent s’être laissés emporter et griser par cette frénésie touristique débarquée tel un tsunami. Mais au fond d’eux, ils savent que nous sommes leurs fidèles amoureux. Pour nous séduire à nouveau et faire renaître un sourire sur nos visages ils redoublent d’attentions empreintes de charme. L’été nous offre ses couleurs indiennes, sa brise légère le soir que nous sentons sur notre visage et dans notre cou, assis sur la plage quand nous pouvons enfin prendre le temps d’attendre et admirer le coucher du soleil sur la mer en osmose avec notre silence et nos sentiments intérieurs. Le soleil vient embrasser notre peau avec légèreté comme un pardon de l’avoir brûlée et de nous avoir fait fuir durant ces mois où son insolence et sa violence nous ont presque fait le détester. Septembre, le mois où l’air se régénère après le passage en forme d’exode des 4X4, SUV et Crossover en tous genres des écolo-bobos crachant leur CO2 sur nos bords de plages. Les fleurs reprennent des couleurs et leurs senteurs arrivent à nouveau à nos narines.

Septembre, le mois où nous évitons d’aller dans les endroits détruits si rapidement avec une telle insouciance, l’espace d’une saison de folie. Nous préférons y revenir en octobre lorsque les blessures florales commencent à cicatriser, lorsque nos chemins du littoral sont débarrassés de canettes, de mouchoirs, de papier alu, de préservatifs, de tongs perdues, de tous les déchets laissés-là pour nous, comme un cadeau de départ par ceux qui s’en sont retournés chez eux, l’esprit libre et heureux. Septembre où j’aime le calme de la nature, où mon âme n’a nul besoin de hausser le ton pour parler à la mer et venir reprendre nos moments d’échanges silencieux si privilégiés que nous aimons tant. La mer se remet faiblement de tous ces assauts motorisés qui l’ont meurtrie, la plage mettra du temps à retrouver le soyeux de son sable, sa chaleur qui recouvre nos reins comme un enveloppement de tendresse à peine allongés. J’entends les oiseaux non loin, je les regarde et me dis qu’ils sont le signe de la douceur revenue.

Septembre qui nous répare et nous prépare à la fois à l’automne puis l’hiver mais qui reste avec nous, le temps de nous remettre à nos rêveries intérieures, de perdre à nouveau la notion des heures qui roulent et s’écoulent. Le mois où je me pose sur les rochers à moitié dans l’eau qui vient chatouiller mes pieds comme de doux baisers comme pour me dire « ne sois pas fâchée, je suis là, je serai toujours là, nous nous sommes retrouvées ». Nous reprenons nos échanges sans paroles, je regarde les îles au loin pendant de longues minutes, j’attrape un cailloux qui brille au fond de l’eau que je ramènerai chez moi en souvenir d’une douce matinée. J’écoute la respiration de la nature, lente et calme et je me dis que j’aime décidément beaucoup Septembre.

(Cris Broutin)

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