Etat de grâce

(écrit en 2013)

Il y a des jours où la tristesse passe les mailles pourtant serrées du filet de notre vie intérieure, bien carapaçonnée, comme fortifiée en vue d’un siège imprenable, et court vers d’autres ailleurs, se loger dans le tréfonds d’autres âmes quelques instants, quelques moments, quelques temps. Notre âme se libère alors, se remet à respirer, nos sens sont en éveil et pointent vers le soleil qui les appelle, la machine de notre corps se remet en marche, nos jambes actionnent nos pieds qui se promènent sur le sable sans fatigue, notre sang se remet à battre sur nos tempes, notre estomac se dénoue doucement, notre cage thoracique s’ouvre sans douleur, la respiration redevient profonde, aérienne, fluide et doucement chaloupée, nos yeux regardent le turquoise printanier de la mer qui avance et vient embrasser les rochers. Notre regard se porte loin au large, vers les îles. Une petite musique revient habiter notre tête. On regarde les fleurs que l’on avait oubliées, dont on avait délaissé le parfum. Il y a des jours où l’on se sent léger, les pleurs s’effacent, la douleur se sauve, poussée par un air de fraîcheur intérieure. On parle peu, on est en paix, on est tranquille. On se retourne, tout est beau, tout est paisible. On sourit sans trop savoir pourquoi mais peut-être le sait-on. La magie n’est pas de connaître la cause, mais de ressentir l’état, cet état de grâce sans penser à demain qui sera peut-être un autre Printemps intérieur, puis un autre et un autre… La tristesse est peut-être partie pour longtemps ou partie très loin, elle s’est peut-être égarée en chemin. Elle nous donne un répit, tout simplement. Elle nous laisse penser, sentir, ressentir sans plus nous inféoder. Chaque instant devient une douce renaissance, une barque qui se remet à voguer, que les étoiles de jour rendent brillante. On entend ce petit sifflement de l’eau fendue comme le satin que l’on coupe.
C’est une belle journée !

(Cris Broutin)

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